GERARD YUNG

 Paroles   Chansons et Poèmes  


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Encre de Pierre Cayol :
Illustration du poème "Fontaine Bouche"

Tribu manouche

Un enfant boit
La lune luit
Tribu manouche
Tous réunis
Un feu rougeoie
Chaude la nuit.
Son de guitare,
Visages en joie,
Vin dans des jarres,
Mains en émoi.

Robes qui dansent,
Rythmes scandés,
Rythmes dansés
Talons frappés
Sur le plancher.
Passion en transe,
Voix qui s’élève
Dans le silence.
Cri de bohème,
Couteaux tirés,
L’amour, la haine,
Le faux, le vrai.

Roulottes en cercle,
Un chien aboie,
Coup de théâtre,
Lui qui tournoie,
Elle qui l’aime,
Lui, ne sait pas.
Pas fulgurance
Robe soulève
Mépris, dédain,
Accord plaqué,
Sur la guitare
Il fait si tard,
Son cœur aboie.

C’est un duel
Il faut se battre
Prouver l’amour
Tribu manouche
Déjà le jour.

La Fontaine Bouche

Je boirai
À sa fontaine bouche
D’où sortira l’eau
Jaillissante
Bouillonnante
D’écumes,
Frétillante de truites
Tachetées capricieuses
Une onde fouettante
Les rochers couverts
D’algues vertes
Qui flottent frêles
Esquifs dans
Courants
Impétueux
Plancton éperdu
Poussé éjecté
Par le torrent de ta mousse
De fluide
De tes langues multiples
Eau montante
Débordande
Amertume
Rouge vert
Des parois du fond
Tapissées de bleu
Flots glacés
Crachés par
Sculpture de pierre
En forme d’anges
Au venin projeté
Comme semence
Révolution
Eau reflet
Du ciel.
Nuages tanguant
Sous les deux reposoirs
Métalliques mous
Qui dansent
Prisonnière dans
Le bassin orthogonal
Alcôve aquatique
Résonnante des cris désespérés
Des baleines.
Clapotis, notes cristallines
Égrenées sur harpe antique
Double répondant
Aux énigmes du passé
Soleil jouant sur vaguelettes
Mosaïques où se moire la lune
Balançoire du temps
Décrivant le mouvement
Du haut et du bas.
Fraîcheur mystique
Du soir où se cache
La présence divine
Fontaine éternelle
Je boirai ton eau.

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IL Y A

Il y a dans mon coeur
Des rêves insensés,
Les dédales des autans
Le rythme du temps
Et le souffle musique
Des choeurs éclectiques
Message divin.
Quand plus rien se tait
Au-delà du décor,
Une amie que je hais
Il y a la mort.
Des livres poussièreux
Monuments passés.
Dans la malle de mon cœur
Des écrits fanés,
Des horloges fatidiques,
Des montres à gousset,
Un rêve d'Amérique.

Il y a bien aussi
Les hommes et les femmes,
Courbés, harrassés,
L'argent et la misère,
Les mains de mon père,
Ma mère des fins de mois,
Qui compte un, deux, trois.

La mystérieuse femme,
Aux cordes métalliques,
Et les douces caresses,
De son galbe magnifique.

La terre d'orient,
L’Inde et ses couchants,
Il y a peut être
Cent mille péchés.
Des sourires innocents
Des pleurs, des déboires,
Les bons, les méchants,
Tous ces hypocrites,
Un jardin des oliviers
Déformation catholique.

Des icebergs glacés
Du haut des pyramides
Le rouge et le violet,
Et le noir liberté.

La fièvre de l'heure dernière
Goutte de sueur
La douleur les mains moites
Le silence mérité
Attendant de renaître.

Un habit de zorro,
La prison, la potence,
Des rêves de héros
Qui dans ce coeur dansent
Un château, une roulotte,
Des ancêtres éparpillés,
Comme un jeu de dès.

Mais caché à l'œil indiscret,
Au fond de mon coeur,
Dans des recoins secrets
Il y a toi, petite fleur.